====== Rapport École rurale ======

Rapport École rurale

Les écoles rurales, cœur d’une stratégie pour les territoires

Travailler sur l’école rurale, c’est d’abord s’intéresser à l’École conçue en France comme une institution indissolublement liée à la République et un moyen de former des citoyens libres et éclairés. En ce sens l’École est un projet démocratique qui est le même en tous lieux : les visées de l’enseignement et de l’éducation ne varient pas selon que l’on habite en centre-ville, dans une banlieue défavorisée, une cité-dortoir ou à la campagne.

Réfléchir à la manière d’atteindre les objectifs de l’École précisément aujourd’hui, c’est pour l’institution chercher les moyens d’adapter les modalités de l’enseignement aux caractéristiques de chaque territoire. Cette démarche s’impose particulièrement dans les territoires ruraux dont la diversité géographique et économique et les évolutions démographiques sont souvent méconnues ou ignorées. D’autre part, l’adaptation de l’école au territoire implique la mobilisation des acteurs locaux, parents, élus, responsables d’associations, partenaires économiques, afin de fédérer toutes les ressources utiles. Ces deux points de vue sont nécessaires pour distinguer les responsabilités et les moyens d’action du niveau central, institutionnel, et celles du niveau local, environnemental.

L’école rurale, miroir des difficultés et des blocages du système éducatif français

L'école, et en particulier l'école rurale, se heurte à trois problèmes majeurs, d’ordre pédagogique et structurel, qui affectent les élèves, les enseignants et le fonctionnement du système.

1 Dans les territoires ruraux, comme dans les territoires urbains, les écoles sont coupées des collèges et de plusieurs manières. Les effets de cette réelle rupture entre école et collège, commune aux urbains et aux ruraux, pourraient, notamment à cause de l’éloignement, être encore plus négatifs sur les élèves des campagnes.

2 Les freins à l’évolution du recrutement et de la gestion des carrières enseignantes sont très communs quel que soit le lieu d’exercice.

3 Si les relations de l’école avec son environnement et avec ses partenaires s’améliorent indéniablement il reste beaucoup à faire à tous les niveaux pour un partage clair des responsabilités sur les bons sujets et dans les bons moments.

L’école rurale a aussi ses spécificités et ses atouts

La communale bien installée au cœur de tous les villages avec sa ou ses salles de classe, son préau et le logement des instituteurs n’est plus qu’un vague souvenir dans de nombreux cantons. L’exode rural a fait son œuvre, quand bien même il resterait 2 300 écoles dans le rural éloigné et que l’on compterait, selon les classifications retenues, 42 % à 80 % de communes rurales pour 8 millions à 22 millions d’habitants.

Avec l’allongement de la scolarité obligatoire, la création du collège unique et la disparition du fameux certificat d’études primaires, la désertification des campagnes, les communes rurales ont dû organiser des regroupements pédagogiques intercommunaux regroupés ou dispersés et les élèves ont dû passer plus de temps dans les cars de « ramassage ».

Le maintien ou la fermeture de petites écoles continue cependant à alimenter les querelles entre ceux qui pensent que la disparition de l’école est un drame pour la commune, son maire et ses habitants et ceux qui pensent que l’intérêt des élèves et le bon fonctionnement de l’école exigent la mise en place d’organisations nouvelles.

Les spécificités de l’école rurale sont souvent niées. Elles mériteraient cependant d’être mises à profit et valorisées.

Quelques propositions pour l’action

Notre objectif principal demeure les résultats des élèves et leur vécu dans leur environnement. Si les performances scolaires des élèves des écoles rurales en primaire demeurent d’un bon niveau, elles rejoignent les moyennes nationales en collège et en lycée, rendant les poursuites d’études dans l’enseignement supérieur trop rares. Ce constat constitue le point d’émergence d’une problématique propre à l’école rurale, partagée dans les études qui lui sont consacrées.

De nombreux jeunes manifestent leur souhait de « rester au pays » en raison d’une qualité de vie souvent supérieure à celle des villes et leurs banlieues, mais aussi d’un attachement à une culture et un environnement local. Pour autant, ce choix ne doit pas expliquer la faible représentation des jeunes ruraux dans les filières post-bac. Il est en effet nécessaire, pour vivifier le tissu économique et social local, que des jeunes désireux de garder un ancrage local poursuivent leurs études au-delà du baccalauréat, tant dans les disciplines techniques que générales.

Parce que l’école en milieu rural partage les difficultés du système éducatif dans son ensemble mais qu’elle présente également des spécificités, parce que la ruralité dans sa globalité et dans sa dimension éducative est l’objet de transformations économiques, sociales, culturelles et qu’elle fait l’objet, depuis quelques années, d’une attention politique particulière dont les effets demeurent insuffisamment visibles, il est utile de tracer des axes d’amélioration, de formuler des propositions de transformation certes centrées sur l’école rurale mais potentiellement favorables à l’évolution nécessaire de tout le système. Ces propositions peuvent s’inspirer d’exemples observés dans d’autres pays, tout en tenant compte des spécificités inhérentes à chaque système éducatif, selon les contextes politiques, économiques ou géographiques.

Plusieurs contraintes guident le choix des propositions 

Propositions et suggestions

  1. L’organisation du système
  1. Les enseignants

Plusieurs niveaux de réflexion et d’action méritent d’être envisagés, seul l’immobilisme n’est pas acceptable. Considérer le recrutement, la formation, la gestion des carrières, voire la définition des missions et des conditions de travail comme satisfaisants serait une faute pour l’esprit.

Dans l’attente d’une évaluation et d’une généralisation de cette expérimentation, une formation continue doit permettre aux enseignants en poste de bénéficier de compléments de formation sur les disciplines au programme de l’école, leur enseignement, la conduite de la classe et les modes d’apprentissages des élèves en développement. Il faut également réfléchir à la monovalence ou polyvalence des professeurs du collège, lui-même conçu comme la dernière étape de l’école du socle. On observe que la bivalence des enseignants est requise dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne où elle est la règle.

  1. L’école dans son territoire ou le territoire et son école

Voici quelques décennies au Québec, le ministère de l’ducation envoyait un expert sur le terrain pour évaluer la pertinence d’une initiative prise par une école ou des enseignants et en cas d’évaluation favorable proposait une aide financière, un soutien technique ou universitaire. La tradition française ne conduit pas naturellement à suivre cet exemple qui constitue cependant une bonne façon de préserver l’unité du système tout en soutenant l’innovation et les bonnes initiatives.

Un système éducatif exigeant, conforté par des objectifs clairs et partagés, sûr de la qualité de ses personnels peut et doit non seulement laisser de vraies marges d’initiatives mais les susciter et les valoriser.

L’éloignement des écoles rurales par rapport aux centres urbains de diffusion culturelle peut ainsi être rééquilibré par un accès direct à des connaissances moins accessibles aux élèves citadins.

L’important est que la visée nationale soit claire et constante et il n’est pas nécessaire d’aboutir rapidement à une réunion des écoles et du collège dans une même entité juridique capable de gérer une organisation multisites.

En guise de conclusion

L’école rurale doit, au même titre que l’école des zones urbaines en difficultés, faire l’objet d’une politique particulière vigoureuse et cohérente. Celle-ci aura des conséquences positives sur l’ensemble du système éducatif puisque les problèmes auxquels l’école rurale est confrontée sont le miroir des difficultés et des réussites de l’École publique.

Deux grands axes de travail doivent être retenus :

Penser l’école rurale comme un laboratoire de pratiques pédagogiques et d’organisations structurelles adaptées à un public scolaire et un environnement spécifique permettrait à la fois de reconsidérer son rôle dans des territoires en mutation et de proposer des modèles susceptibles d’être transférés à des écoles urbaines nécessitant une approche différenciée.

André Hussenet                                    

au nom du groupe de travail « Écoles rurales » constitué au sein de l'association Inspecteurs de l’Éducation sans Frontières par Françoise Duchêne, Odile Luginbuhl, Françoise Monti, Michèle Sellier, Jean-Claude Cubaud, Jean Geoffroy, Robert Jammes et Christian Saint-Lezer.

Eléments de bibliographie


[1] L’exemple le plus abouti d’une structure inclusive avec une école unique pour la période de la scolarité obligatoire se trouve dans les pays scandinaves (en particulier Finlande, Suède, Danemark). Dans d’autres pays, la continuité curriculaire pour cette période est associée ou non à une structure d’accueil unique (« Comprehensive schools » en Angleterre, « Enseñanza General Básica » en Espagne). 

[2] La loi du 28 juillet 2019 "Pour une École de la confiance" ouvrait la possibilité de créer des "établissements publics de savoirs fondamentaux" regroupant les classes d'un collège et d'une ou plusieurs écoles, dans le but de promouvoir la continuité des apprentissages du CP à la 3ème et d'éviter le décrochage de certains élèves lors du passage en 6ème. L'objectif, par ailleurs, était de permettre le désenclavement de certaines petites écoles rurales.

 

Quelques propositions concrètes pour les écoles rurales, cœur d’une stratégie pour les territoires

Ces propositions concrètes s’appuient sur les deux axes définis en conclusion du texte. Il s’agit de mesures qui peuvent être prises rapidement et qui ne nécessitent pas d’investissement financier important.

  1. « L’effet maître » :
  1. La mobilisation de tous les partenaires et la marge d’initiative donnée aux acteurs locaux dans un cadre national :