IESF rend hommage à André Hussenet

Posté le Jeudi 17 Novembre 2022 à 10:02 par MicheleSellier (27 lectures)

Texte que Jean-Claude Ravat a lu au nom d'IESF aux obsèques d'André à Cussangy

"André Hussenet nous a quittés laissant notre association « Inspecteurs de l’Education Sans Frontières » en plein désarroi. IESF perd une personnalité irremplaçable. Comment allons-nous faire sans le sourire d’André, sans le regard malicieux qu’il portait parfois sur nous et nos dires ? Comment faire surtout sans sa justesse de vues, son expérience tellement diverse, la richesse des rencontres qu’il nous réservait, sa plume concise et efficace ?
André avait rédigé ou largement contribué à la rédaction des différents textes qu’IESF avait publiés concernant d’abord l’école de la confiance, puis l’école rurale et ensuite l’apprentissage suite à la loi du 5 septembre 2018.

IESF perd un humaniste tant sur le plan intellectuel que dans sa relation aux autres.
Nous perdons un ami, pour certains d’entre nous, de plusieurs décennies.
Nous transmettons à son épouse et à sa famille nos condoléances attristées."

Cérémonie

Michèle Sellier, présidente d'IESF, a signé le registre mis à disposition  des présents au Père Lachaise de la part des membres d'IESF.
Françoise Monti, Françoise Duchêne, Odile Luginbühl, Jean Geoffroy, Jean-Raymond Masson, Rémy Sueur et elle-même ont pu venir malgré les grèves et représenter tous les membres d'IESF qui auraient aimé venir mais qui en étaient empêchés.
Un chèque, au nom d'IESF, vient d'être rédigé à l'ordre de l'amicale de l'école de Cussangy, comme le souhaitait André.
Nous aurons, certainement, lors de nos prochaines réunions à réfléchir comment honorer André dans notre association.

Hommage paru dans le Monde

La mort d’André Hussenet, artisan de l’éducation

André Hussenet, qui a œuvré dans l’ombre de plusieurs ministres de l’éducation, est décédé le 31 octobre, à 80 ans, à l’hôpital Lariboisière à Paris. On lui doit notamment l’ouverture de classes préparatoires dans les zones difficiles.

Par Maryline Baumard

La veille de l’attaque qui l’a terrassé, le 15 octobre, André Hussenet, 80 ans, avait été longuement applaudi dans un colloque sur le syndicalisme enseignant. Avant, il avait encore taillé la haie de sa propriété de Cussangy (Aube), le village champenois de 200 âmes où chaque début de semaine, il prenait soin de son potager, de son verger et de sa vigne : comme des adieux à ses deux mondes : l’école, à qui le haut fonctionnaire a consacré sa longue vie professionnelle ; et sa terre natale, à laquelle il était profondément attaché. André Hussenet est mort le 31 octobre à l’hôpital Lariboisière à Paris.

Né le 21 juillet 1942 à Lusigny sur Barse (Aube), ce licencié en psychologie (1971) titulaire d’un diplôme de conseiller d’orientation (1969) a été un pur produit de l’école républicaine avant d’en devenir un serviteur invétéré. Peu de hauts fonctionnaires ont œuvré avec autant de finesse et de pragmatisme à rendre le système éducatif plus équitable. Inspecteur général de l’éducation nationale, il restera celui qui a osé imaginer l’ouverture de classes préparatoires aux grandes écoles dans les zones d’éducation prioritaire (1990) ; directeur de l’académie de Paris (1992-1995), celui qui s’est le premier attaqué à la sectorisation des lycées parisiens pour permettre « l’accès des bons élèves aux filières nobles quel que soit leur domicile » ; celui qui a inventé des classes spécifiques pour les enfants d’immigrés.

L’humain derrière la fonction

Fils d’un artisan ébéniste, André Hussenet s’est battu chaque jour pour que l’école républicaine fasse mentir la loterie de la naissance, lui qui ne serait jamais allé au collège sans l’insistance du maître d’école de son village. Lui que la violence de se retrouver en internat à 11 ans a un temps transformé en cancre. C’est grâce au contact quotidien avec un agent de maintenance chargé du jardinage dans son établissement qu’il supporte cet exil loin des siens et de la ferme de son oncle. Toute sa vie, il reste persuadé qu’il devait son destin à son instituteur, certes, mais aussi à cet ouvrier. Et ensuite, en toute occasion, il a cherché l’humain derrière la fonction.

C’est sans doute lorsque Jack Lang était ministre de l’éducation nationale entre 2000 et 2002 qu’André Hussenet a le plus imposé sa patte, formant avec Christian Forestier le directeur du cabinet, un tandem de combat pour colmater les dégâts de l’ère Allègre (1997-2000) sur le mental des enseignants et sur la machine éducation. Dans le partage des tâches, c’est lui le directeur adjoint qui pilote les nouveaux programmes de 2002, lui qui travaille sur la pédagogie, persuadé que c’est au plus près de l’acte d’enseigner que se jouent l’efficacité du système et sa capacité à amarrer les élèves les plus fragiles.

Passé par les postes d’enseignant (1963-1966), de conseiller d’orientation (1968-1974), d’inspecteur (1974-1984), de directeur des collèges (1984-1986), du Centre national de formation des personnels d’inspection (1991-1992), de directeur de l’Institut national de la recherche pédagogique (1996-1998), André Hussenet a également été l’auteur de nombreux rapports qui ont fait date, dont un sur la violence scolaire à l’école commandée par la ministre déléguée à l’enseignement scolaire Ségolène Royan (1998-2000).

Parallèlement à sa vie à dominante parisienne, André Hussenet a toujours gardé le goût de la terre. En 1995, il se fait élire maire de Cussangy, le village natal de son épouse, qu’il a très tôt fait sien et où il a porté l’écharpe tricolore jusqu’en 2012. Là encore, il a laissé une empreinte singulière, celle de ses discours lors des fêtes républicaines et des cérémonies de mariage qui le repositionne « comme un instituteur au milieu du village », selon sa propre expression.

André a su transmettre sa passion pour l’enseignement à sa fille, à l’une de ses petites filles et un temps à son fils aussi. Mais chez les Hussenet, pas de déterminisme, l’essentiel étant que chacun trouve sa voie et de réalise. Un objectif d’épanouissement que ce père et ce grand-père trouvait suffisamment émouvant pour laisser parfois un instant ses yeux s’embrumer aux plus belles annonces. Derrière le serviteur du pays, toujours disponible, le père de famille a aussi toujours veillé.

Maryline Baumard